Basque
La lignée des Basque
Tiré de l’article « La lignée des Basque », par Sœur Corinne Laplante | publié dans le Lien basque en décembre 1998
Bastarache, dit Basque, Michel (1730-1820), pionnier de Tracadie, ancêtre des Basque du comté de Gloucester.
L’ancêtre des Basque de Tracadie et des environs ne portait pas le nom de Basque, mais bien celui de Bastarache. Michel, avec son frère Pierre qui s’installa finalement à Bouctouche, connut une vie assez mouvementée. Il était fils de Pierre Bastarache et de Marguerite Forest, de Port-Royal (Annapolis-Royal, aujourd’hui), et naquit le 7 février 1730. Le 12 juin 1753, il épousa Marguerite Gaudet et peu de temps après, avec ses deux frères, il alla s’établir aux environs de fort Beauséjour. En août 1755, Michel fut fait prisonnier par les Anglais et incarcéré au fort Lawrence d’où il s’échappa avec plusieurs autres Acadiens, au moyen d’un tunnel qu’ils avaient creusé sous le fort. Mais il fut repris et, en octobre 1755, il fut mis sur un bateau qui les conduisit en Caroline du Sud.
Arraché de force à sa terre natale, Michel ne put s’accommoder de l’exil et la séparation de sa famille. Au printemps de 1756, avec Pierre, son frère, et une douzaine d’autres Acadiens dont un dénommé Broussard, dit Beausoleil, il s’enfuit à travers bois, remonta le Mississipi, et après bien des difficultés, arriva à Québec en septembre 1756. De là, il se rendit aux environs du Coude (aujourd’hui Moncton) où se tenaient cachées plusieurs familles acadiennes. Ayant appris que sa femme s’était réfugiée à l’île Saint-Jean, Michel s’en fut la chercher puis rejoignit les Acadiens qui fuyaient toujours les Anglais. Ce groupe se réfugia à Miramichi où Pierre du Calvet les retrouva en 1761. Ils furent probablement du nombre des prisonniers que Roderick MacKenzie amena au fort Cumberland (Beauséjour), car on y retrouve Michel avec sa femme et quatre enfants en 1763. En effet, le 24 août de cette année, il signa, avec 70 autres Acadiens, une pétition demandant d’être rapatrié en France. Cette permission leur fut refusée car ils étaient maintenant considérés comme sujets britanniques.
On ignore ses allées et venues après cette date mais, en 1769, on le retrouve au Cap Maringouin où, avec d’autres prisonniers du fort Cumberland, il s’était probablement établi. Le 9 avril de cette année, il y fit baptiser trois enfants âgés respectivement de trois mois, trois ans et cinq ans par l’abbé Charles-François Bailly de Messein. Mais il n’y demeura pas longtemps, ayant décidé de retourner sur la rive ouest de la rivière Memramcook, là où il s’était établi avant la dispersion. Entretemps, ces terres avaient été concédées à des seigneurs anglais; celle de Michel appartenait à un Joseph Goreham qui la vendit à Frederick Desbarres en 1775. Ce petit village s’appelle aujourd’hui l’Anse-aux-Cormier. Michel y demeura jusqu’en 1787.
Probablement déçu de ne pas avoir de titres à leurs terres, Michel Bastarache et son gendre Joseph Saulnier, partirent en 1787 pour le nord-ouest de la province et s’établirent définitivement à Tracadie. Michel bâtit sa maison au bord du rivage, près d’une source d’eau, et y planta quelques boisseaux de patates. Joseph Saulnier s’établit sur le lot voisin de son beau-père. Quelques années après, Michel abandonna son premier site pour s’installer un peu plus loin du rivage1. La première église de Tracadie fut bâtie vers 1800 sur l’emplacement de la première habitation de Michel.
On regarde Michel Bastarache et Joseph Saulnier comme les fondateurs de Tracadie, car même si les Robert dit LeBreton étaient arrivées avant, ils ne s’établirent de façon permanente qu’après l’arrivée de Bastarache et de Saulnier. Michel décéda le 15 janvier 1820, à l’âge de 89 ans, laissant derrière lui de nombreux descendants.
Recherche des textes et collaboration à l’article : Madame Simone Basque
Sources :
- APNB, RG 10, RS 108. Pétition de terre;
- CEA fonds Placide Gaudet; Registre de Tracadie;
- Registre de l’abbé Charles-François de Messein, 1768-1773
- Bona Arsenault, Histoire et généalogie des Acadiens;
- Émile Lauvrière, La tragédie d’un peuple;
- CPM, 17.01. 1895;
Ev., 17.11. 1892; 1.12. 1892; 29.01. 1942 et Ma. 16.04. 1889.
